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Balthasar Burkhard1944 - 2010 (CH)

Balthasar Burkhard se forme auprès du photographe et cinéaste suisse Kurt Blum (1922-2005), connu pour ses portraits d’artistes célèbres comme Pablo Picasso, Mark Rothko ou encore Alberto Giacometti. A la suite de cette formation, il ouvre son propre studio de photographe. A la fin des années 1960, il est engagé comme photographe documentaliste attitré de la Kunsthalle de Berne, alors dirigée par Harald Szeemann. Pour le célèbre commissaire qu’il suit lors de ses déplacements, il réalise des portraits d’artistes et documente ses expositions dont, en 1969, When Attitudes become form. Cette activité lui permet de découvrir la scène artistique contemporaine mais aussi d’être confronté aux difficultés de prises de vue d’œuvres minimalistes et conceptuelles. Il en retient, pour ses propres travaux photographiques, certaines caractéristiques fortes comme la sérialité, l’utilisation de matériaux bruts et l’appréhension physique de l’espace.

En 1969, il réalise ses premières œuvres artistiques en collaboration avec l’artiste suisse Markus Raetz. Il s’agit de grandes toiles sensibilisées et vaguement accrochées au mur sur lesquelles il projette le négatif pour faire apparaître des images d’espaces intérieurs. Ces premiers travaux, entre photographie, objet, sculpture et peinture, posent les jalons de ses questionnements artistiques.

Dès ses débuts, Balthasar Burkhard pose la question du statut artistique de la photographie qu’il confronte à la peinture. Cela lui vaut d’être rattaché à la notion de "photographie plasticienne" qui regroupe tout un ensemble de pratiques et d’œuvres dont le point commun, outre d’êtres apparues dans les années 70-80, est l’emploi de la technique photographique pour exprimer des idées ou des préoccupations relevant de la peinture. En effet, les images de Balthasar Burkhard se caractérisent par une extrême précision qui rappelle le mode du trompe-l’œil, une finesse sensuelle des tirages où se décline l’infini des valeurs du noir et blanc, et une texture donnée tant au motif qu’au support choisi pour ses photographies. Ce sont aussi la reprise des sujets de l’iconographie de la tradition picturale (nus, fleurs, paysages, animaux, portraits, etc.) et leur approche très subjective, le choix de cadrages qui fragmentent le motif et le décontextualise, et enfin, leur taille surdimensionnée qui donne aux œuvres de l’artiste une atmosphère picturale et assoit sa reconnaissance dans les années 1980.

En 1974, Balthasar Burkhard se rend aux Etats-Unis où il enseigne à l’université de l’Illinois à Chicago. Il monte ses premières expositions personnelles à la Zolla Liebermann Gallery de Chicago (1977), puis au Swiss Center de New York (1979). Après une série d’autoportraits qui reproduisent des extraits de son visage, Balthasar Burkhard réalise, dès 1980 et pendant près d’une décennie, une série particulièrement spectaculaire et significative : des images fragmentaires de Pieds (1980), Genoux (1983), Torse(1984), Bras (1988) ou encore de Veines (1988-1989) issues de différentes prises de vue puis assemblées pour recomposer une réalité corporelle pouvant atteindre jusqu’à 13 mètres de long.

Après une collaboration avec Niele Toroni en 1986, Balthasar Burkhard commence à combiner ses photographies en noir et blanc avec des plaques de couleurs monochromes, ce qui renforce le caractère abstrait du sujet (gros plans d’ailes d’oiseaux, orchidées, etc.). En même temps, la prédominance de la représentation sur le contenu est mise en évidence.

Après un séjour au Japon en 1987, il abandonne les grands formats pour des œuvres plus intimistes. Dès 1992, attaché à la matérialité sensuelle de ses photographies, il privilégie la technique de l’héliogravure qui met en valeur la qualité des textures. Lui permettant de doser à l’infini les matières dans des nuances de gris, tantôt saturées, tantôt diaphanes, ce procédé donne un aspect quasi sculptural à ses images. Il photographie ainsi des animaux domestiques ou sauvages, immobiles, de profil, devant une bâche neutre pour en saisir toute la spécificité (Cheval, 1995). Il saisit, depuis un hélicoptère, des visions de métropoles (Mexico City, 1998) dans lesquelles l’absence de ciel montre la densité et la violence de l’espace urbain. Il ramène de ses voyages, des paysages montagneux (Ecosse, 2000) ou désertiques (Namibia, 2000) dans de subtiles nuances de gris qui portent le regard à l’essence des choses. A la fin de sa vie, il surprend avec des héliogravures colorées de fleurs sur fond noir, sorte de mélancoliques vanités contemporaines.

Balthasar Burkhard a ainsi, durant toute sa carrière, représenté des choses qui le touchent avec une grande sensibilité, sans harde, sans superflu, comme une allégorie du réel. Son œuvre est une invitation à méditer sur la beauté éphémère du monde.